Écouter un mix avant de le commenter, en 7 étapes

Page du morceau « Lumière basse » dans Mixpass vue par l'artiste, avec la V3 en lecture à 1 min 02, deux repères de commentaires sur la waveform, les retours à 0 min 47 et 2 min 34 et la note de version de l'ingé son

Pour écouter un mix avant de le commenter, commence par une écoute complète sans rien noter, puis écoute-le au casque au calme, sur un système que tu connais par cœur comme ta voiture, et sur le haut-parleur de ton téléphone. Compare-le ensuite à un morceau de référence joué au même volume, et note chaque remarque avec son moment précis. Une heure suffit pour tout ça, et ton ingé son reçoit des retours qui valent pour toutes les écoutes, pas seulement pour une paire d'écouteurs.

1. Ouvrir le bon fichier

Vérifie d'abord la version. Le numéro est dans le nom du fichier ou sur la page d'écoute, et c'est lui que tu citeras dans tes retours. Un retour sur la V2 alors que la V3 est sortie la veille fait perdre une journée à tout le monde. Si ton ingé son numérote ses envois, tu sais aussi ce qu'il a changé depuis la dernière fois (nommer ses versions de mix explique pourquoi ce numéro compte autant).

Écoute le fichier depuis le lien ou la pièce jointe que ton ingé son t'a envoyé. Une copie qui a tourné dans un groupe de discussion ou qu'un ami a mise sur une clé, tu ne sais pas toujours ce qu'elle a subi en route.

2. Faire une première écoute sans rien noter

Lance le morceau du début à la fin, sans t'arrêter et sans écrire. Tu écoutes comme le fera quelqu'un qui découvre le titre à la radio. Est-ce que tu as envie de le réécouter ? Est-ce que le refrain te fait le même effet que pendant l'enregistrement ?

Cette écoute sert à juger le morceau en entier. Si tu cherches les défauts dès la première seconde, tu passes à côté de ce qui marche, et un détail de dix secondes prend toute la place dans tes retours. Note juste une phrase à la fin, ton impression générale.

3. Écouter au casque, au calme

Le casque fait entendre ce que les enceintes d'une pièce cachent. Un souffle dans un silence, un mot avalé, une reverb qui traîne à la fin d'une phrase. Mets-toi dans un endroit calme, à un volume où tu pourrais parler sans crier, et réécoute en suivant une seule chose à la fois. La voix sur un passage, la batterie sur le suivant.

Préfère un casque filaire si tu en as un. Apple précise dans sa page sur l'audio sans perte que ses AirPods passent par un codec Bluetooth et que les connexions Bluetooth ne sont pas sans perte. Ça reste écoutable pour donner un avis sur l'équilibre. Le fil est plus sûr quand tu veux juger un détail fin, comme un léger souffle.

Garde le volume raisonnable. À fort volume, tout paraît plus riche en graves et en aigus, et l'oreille se fatigue vite. Au bout d'une demi-heure, tu ne juges plus grand-chose.

4. Passer sur un système que tu connais par cœur

Ta voiture, ta petite enceinte de cuisine, la chaîne du salon. Peu importe sa qualité, ce qui compte, c'est que tu y as déjà écouté des centaines de morceaux. Tu sais comment y sonne un titre que tu aimes, donc tu entends tout de suite si le mix s'en écarte.

Mets l'égaliseur à plat avant d'écouter, sans renfort de graves ni mode « concert ». Dans la voiture, écoute à l'arrêt puis en roulant. Le bruit de la route masque une partie des graves et des détails, et tu vérifies ainsi que la voix reste devant quand le contexte est moins favorable.

Si la basse paraît énorme dans la voiture et normale partout ailleurs, c'est probablement la voiture. Si elle paraît énorme partout, dis-le.

5. Vérifier sur le haut-parleur du téléphone

Beaucoup de gens découvriront ton titre comme ça, sur un téléphone posé sur une table ou dans une vidéo. Le petit haut-parleur ne rend presque pas les graves. C'est justement pour ça que l'écoute est utile. Elle te dit si la voix et les paroles restent claires quand il ne reste que le milieu du spectre.

Ne cherche pas la basse sur ce haut-parleur, elle n'y sera pas. Écoute si tu comprends chaque mot, si la mélodie principale s'entend, et si un élément disparaît complètement, par exemple un synthé que tu entendais au casque et que tu ne retrouves plus.

6. Comparer avec un morceau de référence au même volume

Choisis un ou deux titres sortis dont le son te plaît et qui ressemblent au tien, puis passe de l'un à l'autre. Le piège tient au volume. Ce qui sonne plus fort paraît souvent meilleur, et un mix envoyé avant le mastering est presque toujours moins fort qu'un titre déjà sorti.

Dans l'application Spotify, les morceaux sont ramenés autour de -14 LUFS avec le réglage normal, mais la page d'aide de Spotify sur la normalisation précise que le lecteur web ne le fait pas. Le plus simple reste de baisser la référence à l'oreille jusqu'à ce qu'elle paraisse aussi forte que ton mix, puis de comparer les équilibres. La voix est-elle autant devant ? Les graves aussi présents ? Le refrain s'ouvre-t-il autant ?

Si le seul écart que tu entends est le volume général, pose simplement la question à ton ingé son. Le mastering s'en occupera peut-être.

7. Noter le moment précis, puis regrouper

À chaque remarque, note le timecode affiché par le lecteur et ce que tu entends, avec le sens dans lequel tu voudrais aller. « À 1 min 12, je perds les paroles quand les guitares entrent » se corrige. « Le son est bizarre en voiture » demande un nouvel échange. Pour trouver les mots sans vocabulaire technique, donner son avis sur un mix donne des exemples de remarques reformulées.

Précise aussi sur quel système tu as entendu le problème. « Au casque seulement » et « partout » ne mènent pas à la même correction.

Une fois toutes les écoutes faites, relis ta liste, retire ce qui ne s'est entendu qu'une fois sur un seul système, et envoie le tout en un seul message. Avec un outil comme Mixpass, tu peux écouter depuis ton téléphone sans rien installer, cliquer sur la waveform au moment qui te gêne et écrire ton retour à cet endroit. Quand la version suivante arrive, tu passes de l'une à l'autre à la même seconde pour vérifier que la correction est faite.